Martine Crumiere, artiste peintre, iconographe

20 février 2019

Mon parcours

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Ma vie s’est équilibrée entre deux dimensions : un parcours professionnel qui m’a enracinée au contact quotidien d’élèves et d’étudiants à qui j’ai enseigné, pendant quarante années, l’économie et le droit,  et un questionnement incessant depuis l’enfance sur le sens de la vie.
Ces deux dimensions se sont nourries et enrichies l'une de l'autre.
J'ai scruté les sagesses et les traditions, les courants et poésies mystiques, les contes et les spiritualités du monde entier, pratiquant et enseignant le yoga, la relaxation et la visualisation et pratiquant des arts martiaux internes, tels que le shiatsu , le chi-kong et le taichi chuan (Style Yang).
Mes racines sont judéo-chrétiennes, la théologie orthodoxe a éclairé mon chemin - j'ai suivi un cursus de théologie orthodoxe et en particulier des séminaires animés par Annick de Souzenelle- et l'éclaire toujours, cependant les écrits et la pensée de Sri Aurobindo et Mère sont pour moi également des guides précieux, ainsi que le livre Dialogues avec l'ange, inclassable, décapant et révolutionnaire, mon livre compagnon depuis sa parution en 1976.

La croyance relève de la sphère intime mais la vie, au travers d’épiphanies lumineuses ou douloureuses,  nous amène nécessairement à creuser en nous l’espace au sein duquel nous aspirons à rencontrer la Vérité.
Partager notre compréhension de ce qui fait sens pour nous, échanger sur cette dimension là de l’humain est l’un des chemins, sinon le seul à mes yeux, qui permette d’avancer vers la mise au monde du Nouveau.
J'y oeuvre concrètement au travers de mes réalisations artistiques, de l'écriture d'icônes, d'animation d'ateliers autour des Dialogues avec l'ange, d'écriture de poèmes, de l'animation de l'Atelier Graines de Rêve consultable au lien suivant: http://grainesdereve.fr/
et de l'ouverture de ma maison à des retraites spirituelles laïques.

Dans le cadre de ma formation artistique, j'ai participé à de nombreux ateliers de peinture animés par des artistes professionnels et suivi plusieurs formations, en particulier la technique Martenod « du chaos à la lumière », l’iconographie byzantine,  la calligraphie latine et la miniature persane.
Mes œuvres sont disponibles à la vente. Elles vont de l'écriture de l’icône de votre choix, selon la tradition byzantine, au mandala personnalisé sur toile ou sur papier, peintures et miniatures sur bois (sacrées ou profanes) – collages, etc.
Mon parcours artistique s'est enrichi d'une formation (en huit modules sur deux ans) à l’animation d’ateliers en art-thérapie, de 2013 à 2015, dans un organisme de formation professionnelle de la région Champagne Ardennes, l'Atelier du Laurier Rouge.

En parallèle, je suis devenue coach certifiée de l’Institut Coach’Up en 2001, après avoir repris des études de psychologie en 1993.
J'ai été formée à l’enseignement du yoga et de la relaxation à la FNEY, de 1983 à 1985, ainsi qu’à la pratique du shiatsu dans l’école de Bernard Bouheret de 2003 à 2007.

Ma présentation ne serait pas complète si je ne mentionnais pas mon amour pour les mots, ces merveilleux mots, trop souvent coquilles vides, qui se donnent à moi pour tisser textes et poèmes dont je laisse une empreinte sur le site " Empreintes à l'encre mauve" au lien suivant: http://enviedeprof.canalblog.com


31 mai 2018

L'art de l'icône_14: Sous la protection d'un saint

Souvent, toujours même, les ateliers d'iconographie sont placés sous le regard d'un saint tutélaire. Beaucoup choisissent Saint Luc dont la tradition dit qu'il est le patron des iconographes.
Mais quel était le Saint qui guidait Saint Luc? C'était un ange! Saint Luc est représenté sur certaines icônes avec un ange derrière lui ; il est alors en train de réaliser l'icône de Marie avec l'enfant Jésus, Marie portant l'enfant se tenant debout et posant. L'ange semble lui indiquer ce qu'il doit peindre et comment le faire.

Lorsque j'ai commencé à réaliser des icônes, je n'imaginais pas qu'un jour des ami.e.s me demanderaient de leur transmettre la technique pour le faire. Aussi je ne m'étais jamais préoccupée d'un nom pour mon atelier.
J'avais inscrit la transmission de l'art de l'icône au sein de mon atelier Graines de Rêve, comme une des activités que je proposais à côté d'ateliers de créativité, de réalisation de mandalas. Et il se trouve que cette activité là est celle qui a fait démarrer l'atelier Graines de Rêve.
Mais Graines de Rêve n'est pas le nom d'un Saint...même si, dans mon esprit semer des Graines de Rêve c'est participer à la conception d'un monde différent, le Monde Nouveau dont parle l'Ange des Dialogues avec l'Ange.

Aussi, suis-je devant le questionnement suivant : quel saint pour veiller sur ces apprentissages, pour vérifier que ma transmission est juste et fidèle au message profond des Écritures ?

En creusant en moi pour entendre la réponse, je me suis souvenue d'un jour de 2008, ou plutôt une nuit où j'assistai, en songe, à une procession ; j'étais sur le côté et je regardais. Les participants à la procession chantaient, et je connaissais ce chant. Le refrain en était « nous sommes les hérauts de Sa Gloire » et au milieu de la procession, un homme me regarda, vêtu d'une soutane noire, je reconnus, pour l'avoir vu en photo, le visage de Saint Jean de San Francisco, qui, alors évêque, accepta de bénir évêque celui qui allait devenir l' Évêque Jean de Saint Denis ; l'homme à qui Sainte Radegonde confia le soin de restaurer le rite des Gaules, rite pratiqué en Gaule avant que le schisme ne vienne séparer l'Église en deux. Église d'Orient, catholique orthodoxe et Église d'Occident, catholique romaine sous l'autorité du Pape.

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Je rentrai alors, dans mon rêve, dans la procession en chantant avec les autres.

J'étais alors en train de réaliser l'icône de Saint Jean de San Francisco et je m'interrogeai sur le texte que je pouvais inscrire sur le parchemin que j'avais placé entre mes mains du Saint.
J'allai alors trouver mon Évêque pour lui demander conseil.
Après lui avoir livré mon rêve songe, il me posa quelques questions, puis me dit « tu peux écrire la phrase que tu as entendue, c'est lui qui guide ta main » ; ce que je fis.
Faisant des recherches ultérieurement, je découvris le sens du texte qui figurait sur l'icône américaine que j'avais copiée portait un texte en anglais, que je n'avais pas déchiffré alors ; le texte anglais peu lisible disait ceci «  Their sounds has gone forth unto all the ends of the earth and their words unto the end of the world ». Soit : «  Leur renommée s'est répandue jusqu'aux extrémités de la terre et leurs paroles aux confins de l'univers » Ps 19,4 ; cf Rm 10,18. C'était bel et bien le sens de la phrase que j'avais entendue en songe et en français.

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Et puis, le temps a passé. C'était ma deuxième icône, depuis j'en ai réalisé d'autres jusqu'à ce jour.

Il me semble alors naturel de remettre mon atelier sous la protection de ce Saint contemporain mort en 1966, le 19 juin, puisqu'il est venu me visiter.

Ce Saint a pour particularité d'avoir conservé par delà la mort un corps incorruptible ainsi qu'en attestent ceux qui ont assisté à l'ouverture de son tombeau :

« Les participants à cette cérémonie, qui s'y étaient préparés par le jeûne et la prière, étaient l'Archevêque Antony de San Francisco, l'Archevêque Laure de Syracuse, l'Evêque Cyrille de Seattle, sept prêtres, trois diacres, un lecteur et un laïc. Parmi les prêtres qui participaient se trouvait en particulier le hiéromoine Pierre (Loukianov) qui passa sa jeunesse auprès de l'Archevêque Jean. Après qu'ils eurent prié dans la crypte, le hiéromoine Pierre tenta d'ouvrir la serrure du cercueil avec la clé qu'il avait conservée mais l'état rouillé de la serrure ne le permit pas.
Pendant qu'on cherchait des outils, l'Archevêque Antony se mit à chanter "Ouvre nous les portes de la miséricorde", et les gonds du tombeau cédèrent en l'ouvrant. Avant que l'Archevêque Laure enlevât le voile de sa face, l'Archevêque Antony lut le Psaume 50.
Les restes de l'Archevêque Jean apparurent, incorrompus, sa figure et ses mains montrant une couleur d'une totale blancheur tandis que ses pieds montraient une couleur sombre, ce qui tient sans doute au fait que l'Archevêque Jean de son vivant portait seulement des sandales toute l'année et la plupart du temps sans chaussettes. La figure de Vladika avait quelque peu changé par rapport à celle qu'avaient connue ses proches ou par rapport aux photoqraphies. Son nez s'est aminci. Si le cercueil métallique a rouillé, la mantia qui le recouvrait est restée intouchée. Ses vêtements liturgiques et l'Evangile étaient couverts de moisissure, l'icône métallique sur sa poitrine rongée par la rouille, mais son bâton pastoral et la prière d'absolution sur papier intacts. Du tombeau sortait une forte odeur de rouille et de moisissure mais les restes eux-mêmes ne sentaient rien. Quelques célébrants ont soulevé les restes de l'Archevêque Jean pour pouvoir les transférer dans un nouveau cercueil monastique spécialement préparé.
A ce moment il devint clair que les restes de l'Archevêque Jean étaient complètement intacts. Ensuite les reliques, placées dans ce cercueil neuf scellé du sceau de l'éparchie, furent portés à nouveau dans le tombeau original pour reposer là jusqu'à la glorification solennelle du nouveau saint de Dieu le 2 juillet 1994, jour anniversaire de son repos (en1966). Ceux qui ont pris part à l'examen des reliques ont témoigné avoir ressenti une joie quasi pascale. »

http://religion-orthodoxe.eu/article-saint-jean-de-shanghai-et-de-san-francisco-maximovitch-53389769.html

Cette incorruptibilité reste un mystère pour la science mais parle au cœur de ceux qui croient que la matière n'est pas seulement matière et qu'elle a vocation à se transformer en une autre nature, la Matière Lumière dont parlent les Dialogues avec l'Ange, qui n'est autre que le corps de Gloire du Ressuscité.
Une vision bien éloignée de cette haine du corps que l'Eglise a longtemps véhiculé et continue à la faire dans un discours moralisateur qui a fait fuir tant de personnes.

 

MC Le 31 mai 2018

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24 mai 2018

L'art de l'icône_13: L'icône, lieu de silence (suite)

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L’icône, lieu de silence (suite)

L’icône offre, par sa conception même, la possibilité d’entrer en elle. Elle nous invite à être acteur de la scène représentée du fait de la perspective inversée qui place le point de fuite en dehors d’elle, dans le coeur et le regard du spectateur. Plongée dans un hors du temps, hors de l’espace, dans une dimension où seuls la méditation, le plaisir ou l’extrême souffrance peuvent conduire.
Saisissement. Tout se passe maintenant, dans l’extrême pointe de l’instant. Et pas, il y a deux mille ans.
L’icône actualise la création, gomme le temps.

Au commencement…ainsi commence le Prologue de l’Evangile de Jean mais également la Genèse. Les deux piliers de la foi chrétienne semblent indiquer qu’il y a une entrée dans le temps. Et de fait, le temps n’existe, linéaire, que parce que l’homme occidental s’est mis à le découper. L’homme du tao considère plus volontiers le temps comme cyclique, cycles qui se lisent dans le cercle des engendrements successifs d’une saison à l’autre.
C’est un autre modèle.
Car c’est de modèle qu’il s’agit: l’homme est tellement intrigué par cette vie qui se déroule, telle une immense mer qui n’en finirait pas de produire des vagues arrivant sur la grève, tellement intrigué et vaguement inquiet de ne pas arriver à en percer le sens, qu’il a cherché, qu’il cherche toujours à lui trouver un sens raisonnable. Il peut même conclure à l’absence de sens parfois. Mais c’est une conclusion, ce qui implique qu’il y a eu contemplation.
Et à la limite, il semble plus sensé de conclure à l’absence de sens, même si c’est angoissant et frustrant que de s’inscrire dans un modèle et de s’y enfermer.
Au commencement…l’icône inverse le temps également - pas seulement la perspective: elle rend le passé présent et le présent évanescent, car seul n’existe alors que ce passé présent devant lequel le présent habituel s’efface.
Les repères spatiaux et temporels étant bouleversés, c’est le spectateur qui peut l’être à son tour, bouleversé!


Une chance en fait.
Le discours intérieur peut disparaître pour laisser la place au silence de la contemplation.
Et ce silence est fécond, icône du Silence du Père engendrant le Fils. Ce silence nous engendre à nous-mêmes en nous enseignant cette habitation de l’instant.
Contempler une icône est libérateur de toute peur.
Certains chrétiens ont peur de l’islam, ils lui prêtent, à tort ou à raison, un esprit conquérant, une volonté hégémonique; mais en dehors d’un regard très réducteur porté sur la femme que l’on peut craindre (mais pourquoi le craindre plus que l’image d’une femme- objet de désir, pute et soumise, que nos publicités occidentales ont contribué à véhiculer? Cette image là s’est installée avec la bénédiction d’une église servile qui n’a pas su fustiger ces capitaines d’industrie prêts à toutes les compromissions pour engranger des profits), en dehors de ce regard là, qu’apporte l’islam?
La même contemplation face à face, sans intermédiaire, cette plongée dans le brasier de l’Insondable, de l’Indicible.
"Qui m’a vu a vu le Père", dit le Christ. Bien. Le Christ montre par ces mots que seul le Père est à chercher.
Si le Christ ne conduit pas au Père, Il n’est pas le Christ, Il est une idole de plus. Et conduire au Père, c’est permettre d’entrer dans ce brasier de l’Insondable, de l’Indicible.
Théologie apophatique qui refuse d’enfermer le Créateur dans quelque définition que ce soit.
Il n’y a à avoir peur de personne.
Le Père se moque de nos peurs, de nos différends, de nos querelles de religion.
Le Père attend que nous plongions nos regards en Lui.
Plongeons les pour commencer dans une icône, icône qui nous regarde plus que nous ne la regardons. Laissons être le silence. Et voyons.

« Venez et voyez »….

 

MC Le 24 mai 2018

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17 mai 2018

L'art de l'icône_12: L'icône, lieu de silence

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L’icône, lieu de silence

Devant le dessin d’une future icône: Saint Joseph et le Christ sur les bras, je suis frappée par le Silence. Silence du Père qui passe par l’Ange pour demander son « oui » à Marie. Silence de Joseph, le père terrestre, l’époux de Marie.
Beaucoup de choses ont été écrites sur la vie de Joseph, des hypothèses ont été formulées; je laisse de côté ces conjectures, ces tentatives de reconstituer une histoire. Même si les icônes véhiculent une théologie, elles sont aussi là pour nous creuser ainsi que je l’écrivais précédemment.

De Joseph, on est certain qu’il était charpentier. Le charpentier est celui qui bâtit le toit des maisons et à l’époque les charpentes étaient faites de bois.
Prendre les troncs, les raboter - à la main- je veux dire sans la fée électricité pour faire vrombir une raboteuse ou une dégauchisseuse, les hisser au sommet de la maison et les installer selon les plans élaborés avec précision: un travail âpre, lent, patient d’un artisan maître de son savoir-faire.
Un taiseux, Joseph, un que l’on voit représenté sur certaines icônes de la Nativité, en face d’un petit personnage de profil; la tradition orthodoxe appelle cela « le doute de Joseph », le petit personnage étant le Malin qui vient tenter Joseph.
Et Joseph ne se laisse pas tenter. Il reste avec Marie, il élève le Christ.
Une vie au service, sans grands éclats de voix, sans hauts faits. Une vie humble et douce.


Paradoxe que ce Fils engendré du Silence éternel, de toute éternité, et d’instant en instant, que ce fils, protégé par un père terrestre silencieux et qui se révèle être le Verbe de Dieu, ainsi que le dit Saint Jean dans le prologue de son Evangile
« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu.
Il était au commencement en Dieu.

Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous, (et nous avons vu sa gloire, gloire comme celle qu’un fils unique tient de son Père) tout plein de grâce et de vérité.

Dieu, personne ne le vit jamais : le Fils unique, qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître. »
Le Verbe né du Silence.


Contempler l’icône de Joseph, c’est se placer en face du Silence dans une invitation à laisser s’installer son propre silence intérieur. Et descendre en lui, profondément, en quittant ses conceptions, ses connaissances, son savoir sur Joseph. Et au sein de ce silence, partager le silence de Joseph pour accueillir l’enfant, afin de repartir dans le monde ensemencé par ce silence fécond. De telle sorte que nos paroles deviennent icônes du Verbe, qu’à travers elles résonne l’amour, et la justesse.

MC 17 mai 2018À suivre...

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10 mai 2018

L'art de l'icône_11: L'icône, fenêtre ou porte

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Fenêtre ouverte sur l’invisible, ainsi l’a appelée le prêtre et théologien russe Paul Florensky. Une fenêtre ouvre sur un paysage qui s’offre à la contemplation; une fenêtre délimite une portion d’espace, elle ne peut contenir tout l’espace, c’est entendu. Il y a dans le paysage offert au regard comme une concentration d’une toute partie d’un espace que l’on devine plus grand.

Ne vous est-il jamais arrivé de vous pencher, de vous hausser du col pour entrevoir les dernières lueurs du couchant ou bien un arc en ciel? Nous savons tous que l’espace délimité par la fenêtre n’est pas tout l’espace, et quels que soient les efforts que nous ferons, nous n’en verrons de toutes façons qu’une partie.
Ainsi de l’icône: elle donne à voir une représentation d’un au-delà de nous, de l’espace et du temps, figurant des scènes réputées avoir eu lieu il y a des siècles et nous permettant d’y assister aujourd’hui, non pas comme spectateur mais comme participant, grâce à sa perspective inversée qui fait converger les points de fuite des lignes vers le regard du spectateur devenu acteur.
Donc concerné. D’où ce sentiment d’a-temporalité: cette scène vécue il y a plus de 2000 ans, raconte mon histoire aujourd’hui. Et d’absence d’espace puisque les lieux sont tout juste évoqués.
Donc fenêtre. Fenêtre qui suggère qu’il faut sortir de la maison pour embrasser tout le paysage.

Et pour sortir de la maison? On prend la porte. On passe par la porte.
Me vient l’image d’Alice au Pays des Merveilles qui, tentant de franchir la porte, découvre que la porte se rétrécit au fur et à mesure où elle se baisse. « Je suis la porte étroite » dit le Christ. Le seuil est passage, frontière qui délimite le dedans du dehors. Mais pour franchir ce seuil il faut s'incliner. Par respect, humilité, et peut-être infini saisissement devant ce qui va se révéler à nous. Il faut se dépouiller de nos encombrants, se faire léger, petit.
Considérons alors également l’icône comme une frontière, une porte qui nous permet d’entrer dans le paysage entier et d’entrevoir au-delà de la figuration un autre monde. Un monde non représentable avec nos critères, nos repères actuels, mais qui pourtant existe, de la même manière que l’intérieur d’une maison ne permet pas de se représenter le monde qui l’entoure. Et qui pourtant est bien là puisqu’il contient la maison.

Nous sommes là au sein d’une vision d’emboîtements successifs dont on pressent bien que l’on ne parviendra jamais à saisir l’emboîtement ultime, qui ne se peut, de toutes façons, être réduit à un super-emboîtement - ce serait trop simple!
Mais si l’icône est une porte, elle est si petite qu’elle pourrait bien être la porte étroite…chaque icône contemplée, réalisée, serait le Christ. Non pas l’icône du Christ, mais le Christ lui-même, dans sa double nature, humaine et divine.
Réaliser une icône est alors bien loin de réaliser une oeuvre artistique, elle est mise en présence du Christ et par Lui, passage de la dimension humaine à la dimension divine, entrée dans un Saint des Saints, dans un espace sacré, inconnaissable autrement que par l’immersion en lui.
« Qui m’a vu a vu le Père » dit le Christ….

 

MC Le 10 mai 2018 À suivre...

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