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Je vais parler d'or!
Paradoxal, puisqu'on dit que seul le silence est d'or...
C'est de l'or de l'icône qu'il va s'agir ici, enfin plutôt de la lumière, des lumières.
La technique byzantine consiste à poser d'abord des fonds tout à fait sombres et peu à peu, par éclaircissements progressifs, à conduire la forme à se préciser.
Ainsi, devant les yeux de celui/celle qui tient le pinceau, apparaît le sujet. Dévoilement lent, savoureux.
Comme une danse amoureuse qui prendrait son temps; ou mieux, au sein de laquelle le temps ne compterait plus. Réaliser une icône s'apparente à l'amour: on ne peut se dévoiler entièrement dans l'instant, et même lorsque les années ont passé, qui peut prétendre avoir définitivement saisi le mystère de l'autre?
Cet insaisissable mystère qui sans cesse se dérobe, y compris à soi-même.
Être amoureux du mystère de l'autre.

Réaliser une icône c'est entrer en amour.
Accueillir les ténèbres et y déposer patiemment des gouttes de lumière. Pour accueillir le mystère de la présence du sujet choisi. Face à face amoureux, contemplation silencieuse, transports dans cet au-delà du temps où tout advient d'éternité en éternité.
Ainsi, jamais on ne peut parler d'ombre dans l'icône: il n'y a que des espaces non encore éclairés par la lumière.
Le Christ sur le Tabor, transfiguré, nous donne à contempler sa chair devenue lumière. C'est le chemin de l'humanité.
Indépendamment de toute croyance. Ce qui change notre regard sur soi, sur l'autre, sur le monde: tout n'est pas encore devenu ce qu'il porte en lui. Formidable espoir: l'humanité vaut mieux que ce qu'elle s'inflige la plupart du temps.

Ceux, celles qui ont eu la chance, l'espace d'un instant sans temps, de pouvoir entrer dans cette radiance, cette palpitation lumineuse qui émane de tout le vivant, savent bien qu'il ne s'agit pas d'une adhésion à un dogme. C'est une réalité.
Elle nous est voilée. Mais elle est là.
La pratique de l'icône nous enseigne à retrouver ce chemin.

Et l'or?
L'or, c'est la Lumière des lumières. Celle en laquelle toutes nos lumières se fondent, celle de laquelle toutes nos lumières s'originent.

MC le 2 mars 2018 à suivre...

L'icône en illustration du texte est une icône de Saint Séraphin de Sarov qui apparut transfiguré à son disciple Motovilov qui en a fait la relation dans le texte "entretiens avec Motovilov"
Pour en savoir plus sur Saint Séraphin de Sarov:

Séraphin de Sarov - Wikipédia

Un événement, qui faillit lui coûter la vie, illustre bien le caractère du " misérable Séraphin ", ainsi qu'il se désignait lui-même. En septembre 1804, il est agressé dans son ermitage par trois brigands venus d'un village voisin et qui veulent le voler, lui qui ne possède rien !

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