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Lorsque je réalise une icône, je m’exerce au préalable sur un dessin, de telle sorte qu’arrivée sur la planche, mon trait soit plus sûr, ma touche plus précise et surtout que je n’aie pas besoin de laver mon travail.
Laver? Oui, laver: prendre de l’eau propre, un pinceau propre, tremper le pinceau dans l’eau, l’essorer un peu et caresser ce que l’on vient de réaliser, l’humidifier pour l’ôter: ça prend un temps fou, mais le sujet mérite d’être traité au mieux de ce que l’on perçoit de ses erreurs.
Nous ne voyons pas tout de nos erreurs, mais celles que nous repérons, nous devons les corriger: ne pas oublier que l’icône est destinée à être priée, voire contemplée, qu’elle délivre un enseignement. À ce titre l’enseignement doit s’approcher au plus près de ce que le sujet réalisé, un saint, le Christ, Marie, a incarné dans sa vie, et si c’est une scène, la Transfiguration, la Résurrection, de ce que ces épisodes relatés dans la Bible comportent d’essentiel, d’ontologique, dépouillés de toute dimension historique, anecdotique, morale.
Prendre la mesure de sa responsabilité de guider à travers l’icône vers la dimension d’éternité présente en chacun.
J’étais en train de réaliser les visages du Christ et de Marie Madeleine lorsque ce dernier se présente au jardin après avoir laissé son tombeau vide.
Les montées en lumière au blanc de titane sont périlleuses, ce blanc est tellement couvrant. Je voyais bien que les formes étaient trop tranchées. Une élève me dit: «  j’aime bien moi, j’aime bien quand c’est intense comme ça ».
Oui, moi aussi. Je suis bouillonnante. Un feu me porte d’instant en instant. Cependant il m’a paru que je devais corriger ce trop intense, même s’il me plaisait, même s’il pouvait plaire.
Car il ne s’agit pas de plaire mais d’être fidèle à son sujet, et pour être fidèle, il convient de s’effacer le plus possible. Même si jamais l’on ne s’effacera complètement. Cela ne nous est pas demandé!
Réaliser une icône c’est se mettre au service, c’est renoncer à ses préférences et se mettre en présence du sujet en écoutant ce qu’il nous enseigne. Pour le transmettre à travers l’icône. On ne peut réaliser une icône sans cet accueil amoureux de l’autre, de l’Autre.
L’iconographe devient lui-même icône de la kénose divine, s’effaçant pour donner vie à l’autre. Réaliser des icônes est en réalité un chemin de creusement de soi. Tellement joyeux qu’il ne coûte pas. De coups de pinceaux en coups de pinceaux, sans violence, tout en douceur, l’icône enseigne à l’iconographe à passer de l’image à la ressemblance.
Le véritable sujet de l’icône c’est en fait l’iconographe!

MC Le 15 avril 2018 à suivre...